Au début, je me moquais franchement d’elle. Oui, vraiment.

Quand j’ai vu ma sœur commencer à garder des bouchons en plastique, les laver, les trier par couleur et les ranger soigneusement dans des boîtes, j’ai cru à une lubie.

« Tu comptes faire quoi avec ça ? C’est juste des déchets », ai-je plaisanté.

Elle a souri sans répondre.

Peu à peu, la cuisine s’est remplie de sacs colorés : rouges, bleus, verts, jaunes. J’en riais encore, persuadé que ça finirait à la poubelle.

Puis un soir, en rentrant du travail, j’ai entendu un cliquetis régulier. Je suis entré dans le salon… et je me suis arrêté net.

Un immense panneau recouvrait le mur.
Une mosaïque faite uniquement de bouchons.

Pas un collage improvisé.
Un vrai motif géométrique, précis, harmonieux.
Les couleurs se fondaient parfaitement, créant un effet presque hypnotique sous la lumière.

Elle avait tout planifié : croquis, calcul des nuances, essais pendant des semaines. Ce que je prenais pour une manie était en réalité un projet réfléchi.

Et ce n’était qu’un début.

Avec le reste, elle a fabriqué une table basse. Sous un plateau transparent, une mosaïque éclatante attire tous les regards. Chaque invité nous demande où nous l’avons achetée.

Et chaque fois, je repense à mes moqueries.

Le plus étonnant ? Presque aucun coût. Juste ce que les autres jettent sans réfléchir.

Ma sœur voulait prouver qu’on peut transformer l’ordinaire en unique. Ce n’était pas seulement décoratif — c’était écologique, engagé, créatif.

Ce jour-là, j’ai compris à quel point il est facile de juger ce qu’on ne comprend pas.

Aujourd’hui, je collecte des bouchons moi aussi. Nous préparons un nouveau projet pour le balcon. Je trie les couleurs, je compte les pièces, je participe.

Et chaque bouchon me rappelle une chose simple :

Avec un peu d’imagination, même ce qui paraît inutile peut devenir extraordinaire.

Et honnêtement… moi aussi, je veux la même table dans ma chambre.

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